Réemploi & filières
Réemploi : sept fiches méthodologiques fixent ce qu'on attend du diagnostic PEMD
Publié le 5 septembre 2026. Informations vérifiées le 5 septembre 2026.
À retenir
- La Poste Immobilier, Icade et Sequndo, avec le soutien de Valobat, ont publié le 1er septembre 2026, à l’occasion du SIBCA, sept fiches méthodologiques de réemploi couvrant les dalles de moquette, les sols souples PVC, les chemins de câble, les plafonds suspendus, les cloisons modulaires, les luminaires et les planchers techniques.
- Chaque fiche s’ouvre sur un arbre de décision organisé en trois familles de critères, et chaque famille indique où l’information doit être trouvée. Le diagnostic PEMD y est nommé, mais sur une seule des trois colonnes.
- Les deux autres colonnes renvoient à une visite technique sur site réalisée par l’entreprise de dépose avant chiffrage. Autrement dit, quelqu’un repasse dans le bâtiment pour aller chercher ce que le diagnostic ne porte pas.
- Les fiches introduisent des critères éliminatoires que les rapports d’aujourd’hui ne renseignent généralement pas : une dalle recoupée à la pose n’est pas reprise, un chemin de câble posé en extérieur non plus.
- Ces synthèses sont conçues pour être jointes en annexe d’un DCE. Elles ne sont donc pas un document de veille : elles vont se retrouver dans des marchés.
Ce qui a été publié
Le partenariat entre La Poste Immobilier, Icade, Valobat et Sequndo avait été annoncé au SIBCA 2025, avec un premier guide pratique de curage et réemploi, et l’annonce d’une seconde phase consacrée à sept familles de matériaux. Cette seconde phase est parue : les sept fiches matériaux ont été publiées le 1er septembre 2026, en libre accès, à destination des maîtres d’ouvrage, des maîtres d’oeuvre et des entreprises de travaux.
Chaque fiche suit le même déroulé en quatre temps : le diagnostic initial et ses critères de réemployabilité, la dépose et la manutention, la remise en état et le reconditionnement, puis une page de synthèse. Les auteurs précisent l’usage attendu de cette dernière : elle peut être jointe en annexe du dossier de consultation des entreprises pour préciser les attentes en matière de dépose soignée.
C’est ce détail qui donne son poids au reste. Un guide se lit ; une annexe de DCE s’oppose.
Trois familles de critères, et une question à chaque fois
L’apport le plus directement exploitable des fiches tient dans un schéma repris d’une fiche à l’autre. Les critères de réemployabilité y sont rangés en trois familles, et sous chacune figure une ligne qui indique où chercher l’information. La fiche des cloisons modulaires fusionne les deux premières, mais la logique reste la même.
Un matériau n'est pas réemployable en soi. Il l'est sur trois questions, et chacune se renseigne ailleurs.
Démontabilité
Peut-on le déposer facilement et en sécurité ?
- Type de pose : collé, poissé, clipsé, vissé, libre
- Qualité réelle de la pose d'origine
- Absence de substances dangereuses
- Pénibilité et sécurité maîtrisées
Logistique
Peut-on le conditionner, le stocker et le transporter sans le détériorer, en assurant sa traçabilité ?
- Espace de stockage suffisant
- Conditionnement adapté
- Accès et manutention
- Traçabilité des lots
Réemployabilité
Son état est-il compatible avec son nouvel usage ?
- Esthétique et signes d'usure
- Performances techniques et réglementaires
- Quantité par lot homogène
- Format, coloris, décor
Le diagnostic PEMD est donc explicitement identifié comme une source, et il l’est sur la première colonne : celle de la démontabilité. Sur les deux autres, il n’est pas cité.
Cette asymétrie mérite d’être lue pour ce qu’elle est. Elle ne dit pas que la logistique et la réemployabilité sont hors sujet pour un diagnostiqueur. Elle dit que les rédacteurs de ces fiches ne comptent pas sur le diagnostic pour les leur fournir, et qu’ils ont prévu une seconde visite pour les obtenir.
Ce que les fiches attendent du diagnostic
Sur la colonne qui lui revient, la demande est précise et, pour l’essentiel, déjà normalisée.
Le type de pose et d’assemblage arrive en premier partout. Les fiches distinguent les produits collés, poissés, clipsés, vissés et posés librement, et en tirent directement une conclusion : les dalles de moquette collées ne sont pas déposables soigneusement, un plafond collé sur son support est écarté, les cloisons monobloc et bibloc ne sont réemployables qu’in situ. Cette information correspond exactement au type d’assemblage du CERFA 16287, dont la notice retient quatre valeurs : chimique permanent, chimique réversible, mécanique, par gravité. Un diagnostic qui renseigne sérieusement ce champ répond déjà à la première question des sept arbres.
L’absence de substances dangereuses vient ensuite, avec des mentions ciblées : l’amiante sur les plafonds suspendus, le mercure, le plomb et les tubes fluorescents sur les luminaires. Là encore, le repérage avant travaux et le diagnostic PEMD sont les documents de référence.
La qualité de la pose d’origine apparaît dans plusieurs fiches, avec un exemple parlant : si le temps de gommage n’a pas été respecté lors de la pose, le produit ne sera pas déposable pour réemploi. C’est une information de terrain, constatable à la visite, et qui ne figure dans aucun champ normalisé aujourd’hui.
La pénibilité et la sécurité de la dépose ferment cette première colonne. Elles concernent les sept matériaux. Elles relèvent du métier de la maîtrise d’oeuvre de déconstruction, et elles ne sont, elles non plus, portées par aucun champ du CERFA.
Les critères éliminatoires que peu de rapports renseignent
Les encarts consacrés aux critères de reprise des exutoires introduisent des conditions binaires, dont le non-respect ne dégrade pas la valeur du gisement : il l’annule.
- La pièce entière contre la pièce recoupée. Les fiches indiquent que les dalles redécoupées à la pose ne sont pas acceptées pour les plafonds suspendus, et que seules les dalles pleines n’ayant subi aucune découpe sont reprises pour les planchers techniques. Le même principe s’applique à la moquette. Un plateau de bureaux compte pourtant des rives recoupées dans chaque pièce.
- Les conditions d’usage d’origine. Les chemins de câble installés en extérieur, en milieu industriel ou peints ne sont pas récupérés. Le plastique et les accessoires de fixation sont écartés d’emblée.
- La nature du produit. Le réemploi du verre clair est proscrit sur les cloisons, et le verre trempé ne peut pas être recoupé, ce qui rend la dimension d’origine déterminante.
Des seuils de quantité, matériau par matériau
Les fiches donnent des ordres de grandeur de reprise, en précisant qu’ils sont indicatifs et que chaque exutoire fixe les siens. Ils suffisent à changer la façon de compter.
Critères indicatifs : chaque exutoire fixe les siens, d'où l'intérêt de l'avoir identifié avant la dépose.
Une palette. Format 50 × 50 cm, dalles pleines entières, un seul décor par lot.
Un lot alloti par pièce et par décor. Lames clipsées ou poissées.
Largeur de 10 à 50 cm, aile de 3 à 5 cm.
Ou 600 × 1200 mm. Épaisseurs 15, 20 et 40 mm, ossatures de 38 mm de hauteur.
Du poids carbone tient dans les panneaux pleins et vitrés. Les couvre-joints sont les plus faciles à démonter.
Source lumineuse remplaçable selon les prescriptions de sécurité des normes produit.
Au cas par cas. Dalles 60 × 60 cm, épaisseurs 30 et 38 mm, pleines et sans aucune découpe.
Un seuil de reprise ne s’apprécie pas élément par élément, mais par lot homogène. Les fiches le disent en une phrase à propos de la préparation du chantier : il faut allotir par pièce et par décor. La question posée à un diagnostic devient alors : sur l’ensemble du bâtiment, ai-je assez de cette référence précise, dans ce coloris précis, pour intéresser un repreneur ? Un rapport qui présente des totaux par catégorie de matériau ne sait pas y répondre.
La seconde visite, et ce qu’elle révèle
Le point le plus instructif de ces fiches n’est pas dans la liste des critères. Il est dans l’organisation qu’elles décrivent.
Pour chaque matériau, les objectifs du diagnostic initial sont donnés en deux versions : une pour la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’oeuvre, dont le rôle est d’affiner les résultats du diagnostic PEMD et de fixer des objectifs de réemploi ; une pour l’entreprise de dépose, qui réalise une visite technique avant chiffrage afin de vérifier la faisabilité opérationnelle et d’écarter à la source les matériaux non réemployables.
Autrement dit : le diagnostic est produit, puis quelqu’un retourne dans le bâtiment pour regarder ce que le diagnostic ne dit pas. Ce second passage a un coût, il retarde le chiffrage, et il n’existe que parce que la donnée d’entrée est incomplète.
Objectifs donnés par les fiches, pour chaque acteur et chaque famille de critères.
| Fournie par le diagnostic | À aller chercher lors de la visite technique | ||
|---|---|---|---|
| Acteur | Démontabilité | Logistique | Réemployabilité |
| MOA et MOE avec un AMO ou un bureau d'étude réemploi |
Affine les résultats du diagnostic PEMD | Fixe des objectifs précis de réemploi | S'assure de la compatibilité avec l'emploi futur et les attentes de l'exutoire pré-identifié |
| Entreprise de dépose visite technique avant chiffrage |
Vérifie la faisabilité opérationnelle avant la dépose | Anticipe stockage, transport et traçabilité des lots | Écarte à la source les matériaux non réemployables |
C’est là que se situe l’enjeu pour la profession. Non pas produire un rapport de plus, mais produire au premier passage une donnée assez complète et assez structurée pour que le second devienne inutile.
Le problème n’est pas le contenu du rapport, c’est sa forme
Un rapport PEMD peut être parfaitement conforme et rester difficilement exploitable. Le formulaire CERFA 16287 fixe le contenu ; il ne dit rien de la façon dont la donnée circule ensuite. Quand elle arrive sous forme de tableau mis en page dans un PDF, chaque acteur en aval la ressaisit : la plateforme de réemploi, l’entreprise de dépose, le repreneur.
La plateforme nationale PEMD, elle, attend un format précis, sur la nomenclature CSTB V3, et importe en tout ou rien : une seule ligne mal formée fait rejeter le dépôt entier. Cette contrainte, souvent vécue comme une punition, est en réalité la meilleure nouvelle du dossier : elle impose une donnée machine, et une donnée machine peut être recalculée, agrégée, comparée à un seuil de reprise et transmise sans ressaisie.
Les sept fiches poussent dans la même direction, avec un cran de plus. Elles ne demandent pas seulement des tonnages par catégorie : elles demandent un type d’assemblage, un état, un format, un décor, une quantité par lot homogène et une provenance. Ce sont des attributs d’objet, pas des lignes de tableau.
Ce que cela implique pour un diagnostic remis aujourd’hui
Sans attendre que ces critères soient repris dans un texte réglementaire, quelques réflexes sont immédiatement transposables.
- Renseigner sérieusement le type d’assemblage, plutôt que de le remplir par défaut. C’est le champ que les sept fiches interrogent en premier.
- Distinguer les décors et les références dans l’inventaire, et pas seulement les familles de matériaux. Un lot de réemploi est une référence, pas une catégorie.
- Noter la part recoupée des produits modulaires, au moins en ordre de grandeur, puisque c’est un critère de refus.
- Localiser précisément le gisement, pièce par pièce et niveau par niveau : c’est la base de la traçabilité que les fiches exigent, du site d’origine jusqu’au lieu de réemploi.
- Consigner les conditions d’usage qui disqualifient un produit, comme une pose en extérieur ou en milieu industriel.
- Identifier l’exutoire le plus tôt possible, car c’est lui qui fixe les critères de reprise réels. Les fiches insistent sur ce point à chaque matériau.
C’est aussi ce qui a guidé la conception de GISEO, notre application de diagnostic PEMD : le relevé se fait directement sur le plan, chaque élément est rattaché à son bâtiment, son niveau et sa pièce, le type d’assemblage et l’état de conservation sont saisis selon les valeurs de la nomenclature CSTB V3, et l’export sort au format d’import de la plateforme plutôt qu’en tableau à ressaisir. La logique est la même que celle de ces fiches : structurer la donnée au moment du relevé, plutôt que tenter de la reconstituer après coup.
Aucun outil ne coche aujourd’hui l’intégralité des critères que ces fiches introduisent, et c’est normal : ils viennent d’être publiés. La vraie différence se jouera sur la capacité à les ajouter. Un champ nouveau s’ajoute à un modèle de données ; il ne s’ajoute pas à un modèle de document.
Pour aller plus loin
- Diagnostic PEMD : le guide complet
- Rapport PEMD : contenu obligatoire et formulaire CERFA 16287
- Plateforme PEMD : dépôt et format d’import
- Diagnostic ressources ou diagnostic PEMD : quelle différence ?
- Norme XP X46-039 : méthodologie du diagnostic
Sources
- La Poste Immobilier, Icade et Sequndo, avec le soutien de Valobat, 1er septembre 2026, « Réemploi, fiches matériaux : fiches méthodologiques pour professionnaliser le réemploi dans le bâtiment », 7 fiches, 49 pages, publiées à l’occasion du SIBCA.
- La Poste Immobilier, communiqué du 1er septembre 2026, « Réemploi des matériaux : La Poste Immobilier, Icade et Sequndo unissent leurs expertises ».
- Valobat, septembre 2025, annonce du partenariat et du référentiel curage et réemploi, phase 1.
- Arrêté du 26 mars 2023 relatif au diagnostic portant sur la gestion des produits, équipements, matériaux et déchets, et notice du formulaire CERFA n° 16287 pour les quatre valeurs du type d’assemblage.
- ADEME, projet SPIROU, méthodologie de diagnostic et d’évaluation des performances pour le réemploi de dalles de moquette, cité par les fiches parmi les ressources à consulter.